Analyse du projet écologique de la FI

Cet article a pour objet de fournir une analyse du projet de LFI sur les points clés concernant les questions écologiques pour les élections présidentielles de 2022. Le but est de comprendre si les propositions faites ont un réel intérêt, sont applicables et vont dans le sens de l’écologie ou non. Les autres aspects du projet tels que la santé, l’économie, la sécurité ou les droits individuels ne sont pas traités ici. Le projet complet qui a servi de base à cette analyse est disponible aux éditions du seuil. La bifurcation écologique pour une société de l’harmonie Pour commencer ce thème, sont proposées 6 mesures : « Adopter des lois cadres instaurant une planification écologique et démocratique articulant les niveaux national et local » « Donner les moyens humains et financiers à l’État et à ses opérateurs publics (comme le Cerema, l’Office national des forêts, l’Office français de la biodiversité ou Météo France) pour mener à bien leur rôle de planification » « Créer un Conseil à la planification écologique » « Relever les ambitions climatiques de la France avec pour objectif une baisse de 65 % des émissions en 2030 (au lieu de 40 % actuellement) et rendre public un bilan annuel » « Obliger les entreprises à mettre en œuvre une comptabilité carbone pour les émissions directes et indirectes certifiée par un organisme public agréé en commençant par les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre (GES) – énergie, transport, bâtiment, industrie lourde – puis selon la taille des entreprises, accompagnée d’une trajectoire de baisse de leurs émissions » « Créer une Agence pour les relocalisations dépendant du Conseil à la planification écologique, chargée de recenser les secteurs industriels indispensables à la souveraineté nationale et à la bifurcation écologique, et d’établir un plan de relocalisation pour chaque filière ou production stratégique identifiée » Il y a un problème dès ce premier chapitre. Les trois premières mesures sont vagues au possible et il est impossible de juger de leur pertinence ou de leur efficacité respective. « Adopter des lois » est sans doute une proposition très intéressante, à condition de savoir lesquelles. Un manque de précision qui se résume à une déclaration de bonnes intentions. Oui, il faudra faire passer des lois et oui, il faudra s’octroyer des moyens humains et financiers pour mener à bien les objectifs. C’est tout à fait logique mais ce serait bien de savoir lesquels. De même pour le conseil à la planification, ses missions et les pouvoirs qui lui seront conférés pour les remplir ne sont pas précisés. Accélérer la décarbonation en réhaussant les objectifs est tout à fait louable, de même pour le bilan annuel. Il faudra voir comment cet objectif de 65%, ambitieux tout de même, devrait être atteint. Les deux autres propositions sont uniquement comptables. Ce n’est pas un mal d’avoir une comptabilité fiable pour mieux organiser le projet, même si les mesures comptables ne permettront pas seules de remplir les objectifs. Une mesure clé est également donnée : « Inscrire dans la Constitution la règle verte instaurant l’obligation de ne pas prélever ni produire davantage que ce que notre planète peut régénérer ou absorber » Il y a un problème majeur dans cette mesure. Elle est absolument irréaliste et inapplicable à moins de remettre en cause quasiment l’intégralité du programme de l’avenir en commun. Ne pas prélever plus que ce que la nature ne peut reconstituer dans le même temps impose tout simplement de cesser net toute extraction de ressource non renouvelable. Toute mine de métal et tout gisement de ressource fossile nécessite à minima des millions d’années pour se reconstituer. La reconstitution annuelle de ces ressources est absolument infime et pour respecter la règle verte, il faudra accepter de se passer de tout objet en ayant besoin. Plus de voitures, électrique ou non ; plus d’informatique ; plus de centrale électrique d’aucune sorte ; plus d’immeubles ; plus d’emballages ; plus d’engrais ; plus d’outils ; presque plus de médicaments… Toutes ces choses nécessitent à une étape de leur fabrication au moins des ressources non renouvelables. Il faudra se passer de quasiment tout. Cette promesse n’a aucune chance d’être tenue. L’organisation de l’État au service de la planification écologique Ce second chapitre nous donne 4 mesures supplémentaires qui concernent l’écologie : « Redonner aux communes le rôle de cellule de base de la démocratie locale, permettre leur libre association et les impliquer pleinement dans les décisions et la mise en œuvre des investissements de la planification écologique » « Mettre en place des défenseurs de la nature chargés de l’eau, l’air, la forêt, la végétalisation et la perméabilité des sols au niveau communal » « Mettre en place des assemblées citoyennes régionales pour débattre des projets d’aménagement et d’investissement en lien avec la planification écologique » « Stopper l’étalement urbain : renoncer aux grands projets inutiles et imposés, et rapprocher les bassins de vie et les bassins d’emploi » Ainsi que la mesure clé : « Redécouper les Régions à partir des bassins versants et leur confier l’eau comme première responsabilité » Le premier point propose d’impliquer les communes dans la planification écologique sans dire comment ou sur quels aspects. Il est difficile de se prononcer sur l’efficacité sans avoir plus de détails pour comprendre ce qui est prévu. De même pour la mise en place des « défenseurs de la nature ». Là aussi, quel sera leur rôle et quels seront les moyens mis à leur disposition pour remplir leurs missions respectives ? Même refrain pour les assemblées citoyennes régionales. Plus de détails seraient nécessaires pour comprendre ce qui est proposé. Impossible de se prononcer là-dessus. En revanche, la dernière proposition ici est réellement intéressante. Bien que la nature des « grands projets inutiles » ne soit pas explicitée, réduire l’étalement urbain est une bonne chose. Densifier les villes permettrait de réduire les temps de trajet ainsi que l’usage de la voiture. De même, une meilleure planification urbaine pour moins segmenter les portions de ville entre travail et habitation permettrait de progresser dans ce sens. C’est un bon point à relever. Le reste de ces propositions concerne l’organisation administrative des territoires et ne rentre donc pas dans le cadre de cette analyse qui se limite à l’aspect écologique du programme. Les Outre-mer, avant-postes de la planification écologique Dans ce chapitre, qui ne concerne donc que les DOM-TOMs, la mesure clé propose de bonnes idées. « Faire des Outre-mer des territoires pilotes de la planification écologique et des circuits courts : autonomie énergétique et 100 % renouvelable, autosuffisance alimentaire, politique maritime, protection de la biodiversité » Les centrales électriques dans les Outre-mer utilisent encore beaucoup de ressources fossiles. Faire du nucléaire serait délicat au vu du nombre d’habitants sur ces territoires, un objectif 100% renouvelable est le choix le plus rationnel. L’autosuffisance alimentaire est aussi un objectif vers lequel il faut tendre. La « politique marine » et la « protection de la biodiversité » pourraient être intéressantes, à condition de savoir ce qui est proposé exactement. Ensuite on nous propose d’« Instaurer un bouclier douanier via une taxe kilométrique en faveur des productions locales à faible empreinte écologique » ce qui est cohérent avec la mesure clé précédente et devrait idéalement s’appliquer seulement dans les Outre-mer mais aussi sur tout le territoire français. La prochaine mesure prévoit de « Tendre vers l’autosuffisance alimentaire grâce à l’agriculture paysanne écologique et des filières agroalimentaires locales » et propose donc environ la même chose, à savoir de produire et consommer local. Ne reste plus qu’à savoir ce que signifie pour la France insoumise une agriculture « paysanne écologique » pour savoir si les moyens financiers pour cette transition seront alloués correctement. Les deux dernières mesures : « Protéger la biodiversité exceptionnelle des Outre-mer » et « Promouvoir des plans d’autonomie énergétique » sont à nouveau très vagues. Une question essentielle qui revient : Comment ? Les objectifs cités ne sont pas mauvais mais, là aussi, des explications manquent. L’égalité des populations par la démocratie et les services publics Dans ce chapitre, seule la mesure clé rentre dans le cadre de cette analyse. Le reste ne concerne pas l’écologie. « Défendre et reconstruire le maillage de transports en commun et de services publics, notamment dans les départements ruraux, les quartiers populaires et les Outre-mer, afin de garantir une distance maximale (de quinze à trente minutes, en voiture ou en transport collectif) entre tout lieu d’habitation et les services publics essentiels (école, gare, hôpital, bureau de poste) ». Le développement (de préférence à grande échelle) des transports en commun est nécessaire et même urgent. L’objectif concret de garantir un temps de trajet maximal de 30 minutes est tout de même très ambitieux. Cet objectif est peut-être atteignable à terme dans les villes. Dans les zones de faible densité de population, cela reste plus incertain. Investir pour lancer la bifurcation de notre économie Ici, seules deux propositions ainsi qu’une mesure clé sont proposées. « Lancer un plan massif de 200 milliards d’euros d’investissements écologiquement et socialement utiles » Une fois de plus, il n’est pas possible de retirer grand-chose de ce qui est proposé ici. Cette mesure clé propose un investissement d’un montant très concret, mais pour une utilisation dite « utile ». Difficile de se déclarer contre des mesures « utiles ». Il ne reste qu’à espérer que la France Insoumise sache vraiment ce qui serait utile et que ce ne soit pas un gaspillage de 200 milliards. La première proposition ne concerne que la fiscalité. La seconde : « Utiliser cet argent pour investir et rétablir des pôles publics dans l’énergie, les transports et la santé afin de réindustrialiser le pays par des plans de filières au service de la bifurcation écologique » nous donne donc quelques secteurs dans lesquels seront investis les gains prévus par la suppression des cadeaux fiscaux. Réindustrialiser le pays est souhaitable, mais aucune filière n’est citée. Encore une fois, difficile de se faire une idée précise. Mais il est indéniable que des investissements seront nécessaires. Développer les transports publics écologiques, repenser la mobilité individuelle Il y a beaucoup de réformes à faire sur le secteur des transports et elles devraient être en haut des priorités pour tous les partis. Dans ce chapitre, à nouveau une mesure clé : « Créer un pôle public des transports et de la mobilité » Et une série de propositions : « Renationaliser la SNCF et refuser la mise en concurrence des lignes de transport » « Refuser la suppression des lignes ferroviaires du quotidien et en réouvrir, augmenter le nombre de trains et garantir des tarifs accessibles, maintenir des guichets physiques dans les gares » « Développer les transports publics à la demande hors des zones denses de transport public » « Supprimer les lignes aériennes quand l’alternative en train est inférieure à quatre heures » « Repenser la mobilité individuelle en développant les usages partagés de la voiture et les mobilités douces (comme le vélo) » « Adopter un plan de développement du ferroutage et de report modal (cabotage maritime, fluvial et dirigeable) » « Renationaliser les autoroutes, en revenant sur les hausses de prix passées, ainsi que les aéroports stratégiques » « Engager un plan spécifique de développement des transports collectifs en Outre-mer, quasi inexistants aujourd’hui, sur le modèle du projet de tram-train à La Réunion » Développer le train, favoriser le covoiturage, interdire les vols de moins de 4h, faire du report modal ou augmenter la part du vélo dans les déplacements sont toutes de bonnes mesures qui peuvent faire baisser les émissions de la France. Toutes ces propositions sont bonnes et, il faut le souligner, assez concrètes. Ce chapitre est sans doute un des points forts du programme de la France Insoumise. S’il n’y a pas de critiques à faire sur les points proposés, il est juste regrettable de ne pas aller plus loin et proposer encore d’avantage de mesures en ce sens. Il faudrait aussi taxer plus les trajets en avion restants, interdire la vente puis l’utilisation de voitures à forte consommation, inciter au télétravail, accélérer la recherche sur des biocarburants plus efficaces ou réduire la vitesse sur les autoroutes. Organiser le 100% d’énergies renouvelables en 2050 et la rénovation énergétique C’est sans doute le chapitre le plus absurde avec les mesures les plus contre-productives de toute la partie écologie de ce programme. « Sortir des énergies carbonées : arrêter les subventions aux énergies fossiles, y compris à l’étranger » « Sortir du nucléaire : abandonner les projets d’EPR (European Pressurized Reactor – Réacteur pressurisé européen), planifier le démantèlement, la réhabilitation et la reconversion des sites nucléaires et de l’ensemble de leur bassin de vie » « Instaurer une tarification progressive de l’énergie et garantir la gratuité des premières quantités indispensables à une vie digne » « Annuler la libéralisation du marché de l’électricité et du gaz : stopper la privatisation des barrages hydroélectriques, créer un pôle public de l’énergie en lien avec des coopératives locales en renationalisant EDF et Engie » « Annuler les hausses du tarif du gaz depuis 2017 » « Favoriser partout sur le territoire le recours aux diverses sources d’énergie les plus adaptées aux conditions météorologiques et géographiques (pour lutter contre la méthanisation à outrance notamment) » « Refaire l’isolation d’au moins 700 000 logements par an » « Mettre fin aux situations de précarité énergétique : privilégier les rénovations complètes, interdire réellement la location des passoires thermiques, renforcer les programmes de détection des passoires énergétiques, cibler les aides à la rénovation en fonction des revenus des ménages » « Conditionner l’obtention de labels écologiques à des résultats énergétiques concrets et vérifiés pour les bâtiments neufs comme pour les rénovations thermiques » « Se donner les moyens : former les professionnels, mettre en place un « guichet unique » public pour les propriétaires devant faire cette rénovation » « Réduire l’impact écologique des travaux : développer l’écoconstruction avec des matériaux bioclimatiques (bois/terre/paille) » « Mettre en place une convention collective unique pour les travailleurs du nucléaire et arrêter l’utilisation massive de la sous-traitance, tout en garantissant leur reconversion au fur et à mesure des fermetures de centrales » Tout cela ayant comme objectif la mesure clé : « Planifier le 100% énergies renouvelables avec un double axe sobriété/efficacité énergétique » Sortir des énergies carbonées est effectivement souhaitable et arrêter les subventions aux énergies fossiles est un prérequis important. En revanche, il est prévu de sortir dans le même temps (voir encore plus vite) du nucléaire. Utiliser le nucléaire et les énergies renouvelables pour sortir des énergies fossiles est évidemment plus simple que de sortir du nucléaire et des énergies fossiles en utilisant uniquement des énergies renouvelables. L’entêtement anti-nucléaire menace la réussite de la transition, qui représente pourtant un défi déjà suffisamment compliqué et va coûter cher à la France en plus de menacer la sécurité de l’approvisionnement électrique français. C’est sans doute la proposition la plus absurde et contreproductive de toute la partie qui traite de l’écologie. Il est délicat de prétendre vouloir défendre l’environnement en s’opposant à la source d’énergie la moins nocive pour l’environnement qui existe. De plus, abandonner les projets d’EPR revient à faire une croix sur tout l’investissement fait jusqu’ici pour avoir une solution que l’on sait fonctionnelle et à la remplacer par quelque chose de moins maitrisé. Autrement dit, cette proposition va augmenter la pollution, les coûts et les risques. La proposition concernant la libéralisation du marché de l’électricité est maladroite. Le marché n’a pas été « libéralisé ». Mais ce qu’il faut en comprendre, c’est que la production et la distribution de l’électricité doit redevenir un monopole d’état. Et c’est une excellente mesure pour diverses raisons, notamment économiques. Stopper la privatisation des barrages en revanche n’est pas nécessaire, le projet hercule qui avait cet objectif a déjà été abandonné. Les mesures concernant les bâtiments sont plus sensées. Isoler 700000 logements par an est un objectif ambitieux mais tout de même louable. Cela participerait à la décarbonation du pays en allégeant les factures des ménages les plus modestes comme cela est proposé. De même, recourir plus à l’écoconstruction permet de réduire la pollution générée par le secteur des bâtiments. En revanche, réduire le prix du gaz va à contresens de ces mesures. Il serait plus pertinent de proposer des subventions aux ménages les plus modestes pour remplacer leur chaudière à gaz par des pompes à chaleur, des panneaux solaires thermiques ou de la géothermie. Consommer autrement, une France « zéro déchet » Dans ce chapitre, des mesures sont présentées pour réduire la production de déchets et améliorer leur gestion. Il est improbable que l’on atteigne ainsi « zéro déchets » mais de gros progrès peuvent ici être faits facilement. La mesure clé propose une base solide : « Abolir l’obsolescence programmée et allonger les durées de garantie légale des produits ». Cependant, abolir l’obsolescence programmé, bien que tout à fait souhaitable, n’est pas si facile à imposer. Il faudrait pour cela savoir quels produits sont conçus dans le but de ne pas durer beaucoup plus longtemps qu’une durée déterminée. Comment mettre en place ces contrôles ? Allonger la durée minimale des garanties est la solution la plus efficace à mettre en place pour cela, sans totalement abolir le problème. Dans la suite, on retrouve aussi de bonnes idées. « Contre la surproduction de déchets : interdire immédiatement les plastiques à usage unique, remettre en place la consigne pour les bouteilles et bocaux en verre, rendre obligatoires le recyclage, le compostage ou l’incinération (dans cet ordre de priorité), généraliser les consignes, développer les filières de réutilisation des matériaux et de substitution aux matériaux carbonés » Les plastiques à usage unique doivent effectivement être supprimés, avec un bémol tout de même pour le matériel médical. Certaines exceptions, non mentionnées dans le programme, pourraient être nécessaire pour des raisons sanitaires. La consigne, le compostage, le recyclage et l’incinération, appliqués dans cet ordre, sont des choix raisonnables et il faut mener une politique qui aille dans ce sens. C’est un bon point. « Créer un service public de la réparation et du réemploi, avec la mise en place de formations pour certains métiers (notamment électricité, électronique, bâtiment, textile) » Il existe déjà des métiers dont l’activité se centre sur la réparation et le réemploi, notamment dans les secteurs nommés. Il est vrai que ces activités doivent être développées mais le choix de le faire par l’intermédiaire de fonctionnaires mériterait d’être expliqué. « Rendre la collecte séparée des déchets organiques effective et obligatoire à l’horizon 2025, en commençant par les zones rurales (redistribution du compost aux agriculteurs locaux) » Le tri et la collecte des déchets organiques pour les utiliser comme fertilisants est aussi un bon moyen de réduire à la fois l’utilisation d’engrais et la génération de déchets. C’est un autre bon point. « Rendre obligatoire l’écoconception des produits afin de limiter l’utilisation de ressources non renouvelables » Cette mesure est à nouveau trop générale. Il faut des critères précis pour définir l’écoconception. Bien que la réduction de l’utilisation des ressources non renouvelables soit un bon objectif. « Généraliser au plus vite l’indice de durabilité des produits (possibilité d’être réparé, durée de vie, etc.), rendre obligatoire la disponibilité de pièces de rechange et empêcher la mise sur le marché de celles qui auraient un score de durabilité insuffisant » Une autre bonne proposition. Cela s’inscrit dans la logique de l’augmentation de la durée des garanties et les complèteraient efficacement. Il faut s’assurer que les scores de durabilité seront décernés par des organismes totalement indépendants. « Faire reculer la publicité dans l’espace public, interdire le dépôt de prospectus publicitaires commerciaux dans les boîtes aux lettres, les panneaux publicitaires numériques et le démarchage téléphonique commercial » Moins de publicité aurait des avantages écologiques certains. Il est regrettable qu’à nouveau soit uniquement nommé l’objectif sans préciser les moyens à mettre en place pour l’atteindre. « Interdire la publicité des produits et services les plus émetteurs de gaz à effet de serre sur tous les supports publicitaires » Ici se pose la question de la comptabilité appliquée. Qu’est-ce qui sera considéré comme un produit ou service trop émetteur de gaz à effet de serre ? Cela pourrait inclure trop de choses ou pas assez. « Diminuer les possibilités de diffusion de publicité à la télévision » Ce point est en accord avec les précédents et constitue partiellement une répétition. Il convient d’être tout de même sceptique face à ce ciblage de la télévision. Il existe un fort risque que cette mesure reporte davantage de publicité vers les médias alternatifs tels que la radio ou internet, n’amenant aucun changement sur la quantité de publicité à laquelle la population moyenne est exposée. « Créer un réseau national de déchèteries/recyclage » Les déchèteries et le recyclage existent déjà. Peut-être est-il prévu non pas de créer, mais de développer ce réseau ? Souveraineté alimentaire et révolution agricole : pour une agriculture écologique et paysanne Dans ce chapitre, quelques mesures avec un intérêt écologique sont à nouveau exposées : « Refondre la PAC (politique agricole commune) et orienter les aides publiques agricoles pour favoriser la production écologiquement soutenable, l’intensité en main-d’œuvre des exploitations et le développement des protéines végétales » « Lutter contre l’artificialisation des sols pour empêcher la disparition de surfaces agricoles utiles » « Planifier la réduction progressive des doses d’engrais et de pesticides, interdire immédiatement les plus dangereux (glyphosate, néonicotinoïdes) » « Instaurer un protectionnisme écologique en fonction des conditions de production et de rémunération du travail agricole » « Développer les circuits courts pour réduire la circulation des marchandises et l’utilisation d’emballages » « Lutter contre l’artificialisation des sols », « instaurer un protectionnisme » et « développer les circuits courts » sont des points qui ont déjà été abordés dans les chapitres précédents. Réduire les doses d’engrais et de pesticides est une bonne chose, à condition qu’il s’agisse avant tout d’engrais de synthèse. En revanche, le glyphosate ne fait pas partie des produits les plus dangereux et son interdiction n’est pas prioritaire. Pour finir, la reconversion des agriculteurs dans des modes de production plus soutenables (même s’il n’est encore une fois pas précisé lesquels) est nécessaire à court terme. Il faudra pour cela les accompagner financièrement, comme proposé. Un très bon point à noter également est le développement des protéines végétales, ce qui permettra de réduire la production et la consommation de viande. Collectiviser les biens communs fondamentaux Dans ce très court chapitre, une seule mesure concerne directement l’écologie : « Empêcher le droit de propriété privée de prévaloir sur la protection de l’eau, de l’air, de l’alimentation, du vivant, de la santé et de l’énergie » Pour ne pas changer, un manque de précision qui mérite que l’on repose à nouveau la question « Comment ? » Pour savoir si les mesures qui seront prises pourront atteindre efficacement l’objectif nommé, il faudrait savoir ce que seront ces mesures. A priori ce n’est pas une mauvaise idée, mais le programme ne nous renseigne une fois de plus quasiment pas sur ce qui est concrètement prévu. Pollutions : désempoisonner le monde Ce chapitre propose plus de choses que le précédent. « Revenir sur les affaiblissements des normes environnementales et des mécanismes de participation publique décidés lors du précédent quinquennat (décrets permettant aux préfets de déroger aux normes environnementales, par exemple) » Il s’agit donc de renforcer les règles environnementales et laisser moins de possibilités pour les contourner. Mais quelques exemples auraient été les bienvenus pour savoir quelles normes seront remises en vigueur et quel décrets annulés. « Établir un plan d’urgence pour la dépollution rapide des régions durablement polluées en France, dont en priorité la Guadeloupe et la Martinique victimes du chlordécone » Ce n’est pas une mauvaise idée mais c’est un travail fastidieux. Il vaudrait mieux cependant que le plan soit déjà, au moins en grande partie, établit en amont, pas seulement élaboré une fois au pouvoir. Attention aussi à allouer correctement les moyens. L’accent est mis sur la dépollution, mais il est souvent plus efficace de prévenir que de guérir. « Gérer les risques industriels avec la création d’une autorité de sûreté indépendante des risques industriels, augmenter le nombre d’inspecteurs des Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et augmenter le seuil de l’amende maximale pour les ICPE à 500 000 euros (contre 15 000 euros actuellement) » Cette mesure permettrait de limiter les risques d’accident, évitant la pollution qui les accompagne. Aucune critique à faire ici. « Arrêter les activités dangereuses pour la santé et l’environnement (comme les engrais à base de nitrate d’ammonium) et planifier la reconversion des travailleurs vers des secteurs d’activité utiles (énergie, assainissement et gestion des déchets) » La réduction de l’utilisation des engrais avait déjà été évoqué dans un chapitre précédent. Pour l’exemple cité comme pour d’autres cas, il faudra néanmoins réduire ces activités de manière progressive pour éviter une transition trop brutale. Il est bon de noter que la reconversion des personnes concernées est proposée, même si aucun détail n’est donné. La mesure clé « Aider les victimes des pollutions et les lanceurs d’alerte sur la base d’un fonds abondé par les consommations polluantes » est également vague. Rien ne dit ce qui sera considéré comme polluant pour alimenter le fond ou qui pourra obtenir le statut de lanceur d’alerte pour être aidé. L’eau, enjeu central pour l’humanité Ce chapitre propose de nombreuses choses pour améliorer la gestion de l’eau de différentes manières. Mais seules quatre mesures sont centrées autour de l’aspect écologique de l’eau. « Lancer un vaste plan d’investissement dans le renouvellement des canalisations, accélérer les travaux déjà engagés en Outre-mer » De nombreuses canalisations en France fuient, ce qui induit un gaspillage d’eau et augmente les coûts. La proposition de renouveler les installations est bonne. Même si cela coûtera cher, les économies pourraient bien finir par rentabiliser l’investissement. « Renforcer les effectifs de la police de l’eau présente sur tous les territoires pour contrôler plus strictement le captage par les industries d’eau en bouteille et pour empêcher toute pollution industrielle ou agricole » Le captage excessif de l’eau pose notamment des problèmes dans le cas de la surexploitation des nappes phréatiques. Une politique qui chercherait à réduire la consommation d’eau en bouteille pourrait, entre autres avantages, réduire le captage excessif, rendant superflu le renforcement des effectifs de contrôle. « Atteindre durant le mandat le très bon état écologique et chimique de tous les cours d’eau (fleuves, rivières, ruisseaux) et réserves souterraines » On pourrait remplacer cette proposition par « nous allons améliorer la situation ». Un objectif vague au possible ou l’on ne présente aucune métrique qui permettrait d’en juger l’intérêt ou la réussite à posteriori. Aucun plan d’action détaillé non plus. « Systématiser le recours au fret fluvial dès que possible » Cette proposition pourrait réduire la part du transport en camion mais il faut éviter qu’il se substitue au fret ferroviaire. Pour finir, la mesure clé « Consacrer une « règle bleue » qui applique le principe de la « règle verte » (ne pas prendre à la nature davantage qu’elle ne peut reconstituer) à l’eau pour son usage et pour la protection de sa qualité » est de fait déjà largement en application à de nombreux endroits et ne devrait pas être difficile à respecter. La France ne manque pas d’eau et la ressource est rarement surexploitée. Seules les nappes phréatiques ou certains fleuves en période de canicule pourraient profiter de quelques règlementations. Défendre la forêt, poumon de la planète Pour la gestion des forêts, de nombreuses mesures nous sont proposées ici. Mais il n'est pas sûr que toutes soient pertinentes. « Favoriser la diversification en essences et en âges pour des forêts résilientes au changement climatique » C’est un sujet important pour la gestion des forêts et il faut planifier longtemps en avance. Le simple fait de diversifier les essences des forêts ne suffira pas pour les rendre plus résilientes face au changement climatique. Même si ce n’est pas une mauvaise chose. Il faut surtout remplacer progressivement certaines espèces par d’autres, plus adaptées au nouveau climat. Le choix doit être correctement réfléchi, les décisions prisent dureront plusieurs décennies. « Reconstruire tout le secteur de la transformation du bois, avec l’objectif de diversifier les essences et de développer les circuits courts, en mettant en place une formation professionnelle publique » « Rétablir des scieries et encadrer les exportations de bois » « Encadrer l’usage du bois dans la production d’énergie et favoriser son usage durable dans la construction » Ces trois propositions sont cohérentes avec le développement de l’exploitation du bois qui avait déjà été abordé notamment dans le secteur de la construction. Relocaliser ce secteur, qui a pourtant un bon potentiel inexploité aurait divers avantages. Mais attention sur la partie énergétique. L’utilisation du bois pour la production d’énergie est renouvelable et peu carbonée (uniquement si les arbres sont replantés). Mais la combustion génère beaucoup de fumée toxique, plus encore que le charbon. Il vaut tout de même mieux utiliser le bois comme source d’énergie avec parcimonie pour ne pas trop dégrader la qualité de l’air. « Laisser au niveau national 25 % de la surface de la forêt française en libre évolution » Cette proposition est complètement absurde et en contradiction avec d’autres. On ne peut pas favoriser la diversification d’essences comme proposé en laissant la forêt en libre évolution. De même, laisser 25% de la forêt sans gestion rend bien plus compliqué le développement de la filière bois en France puisqu’une grande partie de celle-ci devient de fait interdit à l’exploitation. Et puis, laisser la forêt en libre évolution, cela signifie ne pas éteindre ou prévenir les incendies dans ces zones, laisser les maladies et les espèces invasives se répandre et ne pas dépolluer les sites qui en auraient éventuellement besoin. Une bonne gestion forestière, ce n’est pas une forêt sans gestion. C’est une mesure totalement contreproductive. « Rompre avec les accords commerciaux participant de l’augmentation de la déforestation importée » « Assurer une traçabilité complète des importations afin de bannir de la commande publique celles liées à la déforestation et contraindre les entreprises à exclure ces produits de leurs approvisionnements » Ces deux mesures proposent deux fois la même chose, supprimer l’importation des produits qui causent de la déforestation. La cible principale de cette mesure devrait être l’agriculture à destination de l’alimentation des animaux d’élevage. C’est cohérent avec la réduction de la consommation de viande abordée dans un chapitre précédent. « Accroître la coopération internationale afin de lutter contre les pratiques illégales qui détruisent les forêts (trafic de bois, orpaillage et mines) » Il serait bon de savoir comment cette coopération va être accrue et quelles forêts sont visées. Là où la France peut être le plus efficace, c’est sur la protection de ses propres forêts. Mais dans ce cas, il faut plutôt privilégier l’augmentation des moyens nationaux. « Renforcer les moyens humains et matériels de lutte contre les feux de forêt » C’est en effet un sujet qui va devenir de plus en plus important. Le changement climatique va augmenter les feux de forêt et mettre en place dès maintenant des mesures pour lutter contre serait bon pour se préparer. La mesure clé « Interdire les coupes rases, sauf en cas d’impasse sanitaire avérée » est surtout symbolique. Les coupes rases se pratiquent peu en France lorsqu’elles ne sont pas nécessaires. Le phénomène n’a pas tant besoin d’être endigué. Sauver l’écosystème et la biodiversité Pour finir, ce dernier court chapitre ne nous propose rien de réellement intéressant. « À l’échelle globale : refuser les organismes génétiquement modifiés (OGM), mettre fin aux accords commerciaux internationaux dont les conséquences affectent le climat et la biodiversité » Refuser les OGM au seul motif que ce sont des OGM n’a aucun sens. Ils ne sont pas plus dangereux ou polluants que les produits non-OGM. S’en passer pourrait au contraire nécessiter des alternatives plus polluantes. Cela tient plus de la posture idéologique que rationnelle. Quand au commerce international, il affecte toujours le climat, à minima par le transport qu’il crée. Si cette mesure est réellement appliquée, la France Insoumise supprimer tous les accords commerciaux. Pas sûr que ce soit vraiment ce qui est prévu. « En France, protéger concrètement les habitats et les espèces : bannir les pesticides en commençant par les interdire autour des zones habitées, lutter contre l’artificialisation des sols en empêchant notamment la multiplication des entrepôts géants, gérer durablement l’eau (dépollution et régies publiques) » Stopper l’artificialisation des sols à déjà été proposé précédemment, l’interdiction des pesticides également. Si la mise en place d’un périmètre minimal entre les zones d’habitation et les zones d’épandage est compréhensible, il faudrait savoir quelle distance est considérée comme trop proche. Conclusion Il est tout de même regrettable que l’imprécision ait été choisie comme leitmotiv, permettant à chacun de voir dans ce programme ce qu’il y souhaite, quitte à être franchement déçu sur son application. Un flou est entretenu sur de trop nombreuses propositions. Certaines sont bien trop vagues pour que l’on puisse en comprendre quoi que ce soit. D’autres sont, telles que détaillées, partiellement ou totalement inapplicables. S’il existe une cohérence relative du programme, certaines mesures (qui forment une minorité) se contredisent. La mesure emblématique de la contradiction étant notamment la règle verte. Difficile, dans ces conditions, de savoir à quoi s’en tenir. On notera également quelques absurdités qui considèrent comme prioritaires des sujets secondaires ou comme problématiques des solutions. Cela se traduit notamment par la création d’une multitude de comités, agences, groupes citoyens et autres mesures de débat et de contrôle bureaucratique. Même si tout cela pourrait avoir une utilité, la priorité devrait être donnée à l’action et il vaut mieux éviter de trop investir de moyens dans ces mesures avant tout administratives. Mais les plus gros points faibles de ce programme restent encore l’union européenne et le nucléaire. Si la France Insoumise devait refuser de sortir de l’union européenne, cela remettrait sérieusement en cause la faisabilité du programme. Il est juste annoncé que la France désobéira à l’UE lorsque le programme ne pourra pas être appliqué. Pas sûr que cela soit aussi simple à dire qu’à faire. Le refus catégorique du nucléaire détourne les moyens publics des vrais problèmes à traiter tout en se privant d’une des meilleures options pour traiter ledit problème. Aucune raison valable n’est avancée pour justifier ce refus qui relève potentiellement plus de l’électoralisme que de la rigueur. Pour finir, il faut reconnaître que certaines propositions dans ce programme peuvent à minima être qualifiées de solides. De nombreux sujets sont abordés et un certain nombre de points méritent toutefois d’être retenus, notamment dans les secteurs du bâtiment ou des transports. La France gagnerait à ce que d’autres candidats les reprennent à leur compte et traitent le sujet de manière aussi exhaustive.