Manifeste / Agriculture

Dans cette partie, nous allons développer les problématiques liées à l’agriculture. La France est un pays historiquement agricole et aujourd’hui, nous devons faire en sorte d’avoir la meilleure agriculture possible afin de préserver la santé de nos concitoyens, nos intérêts économiques et notre souveraineté alimentaire. Notre agriculture qui promeut la quantité au détriment de la qualité doit devenir une agriculture responsable et de qualité même si nous devons perdre en quantité pour cela. Il en va de la survie de nos agriculteurs et de notre souveraineté alimentaire. Si les agriculteurs sont payés une misère par l’industrie agroalimentaire, qu’est-ce qui, dans quelques années, les empêchera de délocaliser par la suite dans des pays du tiers-monde, où personne n’ira regarder quels sont les produits chimiques qui sont répandus dans les champs ? Nous sommes de même en capacité de produire suffisamment de ressources pour nourrir notre population. L’importation de denrées étrangères ne devrait être que limitée afin de permettre à nos agriculteurs français de travailler et vivre correctement.

Qualité de l’agriculture

L'alimentation du bétail est délétère pour l'environnement, la santé du bétail et des consommateurs. Le couple maïs/soja trop souvent utilisé amène par exemple un très fort dérèglement de l'équilibre oméga 6 et 3. Cela appauvrit aussi énormément les sols car défavorise la polyculture et donc par extension la rotation des productions sur un terrain. Les politiques d'aides à l'irrigation intensive posent des problèmes, notamment de sécheresse. Le plus concerné est la production du maïs, utilisé en couple avec le soja dans la majorité de l'alimentation du bétail. Les agriculteurs touchent des subventions de la part de l’Union Européenne afin de faire des travaux pour irriguer leurs champs. “L'irrigation agricole utilise près de 5 milliards de m3 d'eau (60% de la consommation finale totale).”, “Les prix agricoles soutenus ont également conduit à un recours accru à l'irrigation et à la mise en valeur de terres qui sans cela seraient restées des sanctuaires : le drainage des marais pour y faire pousser du maïs subventionné a, en France, contribué à la destruction de zones humides et à la perte d'habitat de nombreuses espèces.” d’après Jean-Christophe Bureau. Il serait temps de promouvoir des cultures plus responsables et adaptées à notre climat.

Ainsi, afin d’améliorer la qualité de notre agriculture, il est primordial de mener une politique de forte répression des engrais et produits chimiques. en revoyant la liste des produits chimiques interdits et durcir grandement les exigences. Par contre, accompagner les agriculteurs dans cette transition est primordial afin de ne pas aller droit dans le mur. Cela passe par des subventions afin de permettre d’acheter du matériel compensant ces produits. À titre d’exemple, dans le cas du blé, au lieu d’utiliser des produits pour permettre sa conservation dans un silo normal, donner des subventions pour l’achat de silo réfrigéré, plus cher qu’un silo normal mais qui évite d’utiliser des produits hautement toxiques. Ce changement est essentiel pour la qualité de la nourriture qui sera consommée par les Français, pour protéger la biodiversité mais aussi pour protéger la santé de nos agriculteurs. Nous devons promouvoir bien plus la polyculture et la rotation des cultures pour préserver les sols et les nappes phréatiques. Lutter contre la monoculture, encourager les exploitations agricoles autosuffisantes en instaurant des taxes. De plus, il serait bienvenu de taxer les exploitants qui nourrissent leur bétail de maïs et de soja dans des quantités trop élevées. Nous l’avons vu précédemment, ce régime n’est bénéfique ni pour la planète ni pour notre consommation. De même, notamment pour l’élevage porcin, il serait bon d’inciter à la récupération des invendus et déchets de l’industrie agroalimentaire. Dans la même logique, nous devons cesser de subventionner l’irrigation intensive pour promouvoir des cultures qui ne le nécessitent pas et viendraient remplacer le maïs, comme le lin par exemple. Il serait aussi demandé aux grandes surfaces de séparer clairement les produits issus d’agriculture responsable des autres afin d’encourager leur consommation. Une agriculture responsable serait définie globalement par : un respect du bien-être animal, une culture respectant une charte précise de produits chimiques acceptés, un élevage garanti sans (ou avec extrêmement peu) d’antibiotiques et nourris avec des denrées respectant la charte précédente à hauteur d’au moins 80% d’origine France et une limite de 10% maximum de soja d’importation dans la nourriture des animaux. Tout ceci serait bien entendu contrôlé. La provenance de l’alimentation du bétail devra être logiquement renseignée et sera contrôlée.

Faire perdurer l’agriculture

L'installation d'une nouvelle exploitation n’est pas vraiment facilitée car cela demande de gros investissements. Rappelons que l’aide maximale en zone de plaine provenant de la Dotation Jeune Agriculteur est de 15 000€. Cela représente plus ou moins le prix d’un tracteur bas de gamme. La difficulté de s’installer se ressent fortement quand on regarde l’âge des agriculteurs. En 2019, 55% des agriculteurs ont plus de 50 ans et seulement 1% moins de 25 (source INSEE 2020), l’âge moyen des agriculteurs en 2016 est de 52 ans. La Mutualité Sociale Agricole a annoncé lors d’une conférence de presse le 19 juin 2019 qu’en 10 ans, la moitié des agriculteurs seront à la retraite. Toujours d’après la MSA, on compte une nouvelle installation pour deux ou trois départs à la retraite. On dénombrait 2,3 millions d’exploitations agricoles en 1955 contre un peu moins de 490 000 en 2010 (source INRAE 2020). Cette baisse du nombre d’exploitations se traduit par une baisse drastique de la part de la population agricole dans la population active, passant de 7,3% en 1984 à 1,3% en 2019 (INSEE 2020). Il est impératif d’apporter du sang neuf dans cette profession. Ces nouveaux agriculteurs doivent être formés à une agriculture responsable : respectueuse de l’environnement, des animaux, des plantes, des consommateurs et des agriculteurs. De même, ce n’est pas un numéro vert qui sauvera le plus d’agriculteurs du suicide. Ce numéro vert est important, certes. Il permet d’éviter de nombreux suicides, il est vrai. Mais ce n’est pas un pansement qui soignera une plaie béante. Il faut remonter à la source du problème : la très, trop, faible rémunération des agriculteurs et les conditions de travail souvent très difficiles et qui ne sont pas reconnues à leur juste valeur. Faire face à la concurrence déloyale n’arrange pas. Les nombreux accords de libre-échange signés par l’Union Européenne font que nous avons sur le marché beaucoup de denrées alimentaires à très bas prix qui raflent les plus grosses parts du marché. Pour encourager l’installation des nouveaux agriculteurs, il est alors fondamental de donner une meilleure image du métier et d’améliorer les conditions de travail ainsi que la rémunération comme dit précédemment. Cela devient de plus en plus urgent à cause du vieillissement de la population et le non-renouvellement des actifs. Pour redorer le blason de l’agriculture, une véritable campagne d’information est nécessaire. Dans la partie éducation du manifeste, la proposition d’intervention de professionnels dans les collèges pourrait permettre à des agriculteurs de venir parler de leur travail et ainsi participer à cette action. De plus, il nous paraît crucial d’aider économiquement les nouveaux exploitants à cause du coût du matériel nécessaire, des terres etc. Pour cette raison, l’Etat consentirait à un prêt important aux nouveaux exploitants. Les exploitants n’auraient pas à rembourser entièrement le prêt directement mais vendraient au rabais une partie importante de leur production à l’Etat qui pourrait ainsi revendre ceci et le prêt serait remboursé en partie grâce à la marge effectuée par l’Etat.

Les revenus

Pour permettre l'installation de nouveaux agriculteurs, il faut revoir à la hausse leurs revenus. La rémunération des agriculteurs est dans la plupart des cas très dérisoire par rapport à la production. On parle d’environ 20% d’agriculteurs qui n’ont pas eu de revenus en 2017 et d’un salaire moyen à hauteur de 1390 euros net mensuels avec donc de très grandes disparités. La faute à un développement du productivisme dans la période d’après-guerre au détriment de la qualité des productions. Nous avons favorisé des espèces à meilleur rendement mais plus faible résistance et généralement moins bon goût. Nous avons couplé cela avec une utilisation massive d’engrais chimiques, pesticides etc qui ne profitent à personne à part les industries qui fabriquent ces produits. La réglementation actuelle permet de nombreux pesticides, engrais, et autres produits chimiques délétères pour la santé des consommateurs mais aussi des producteurs et autres intermédiaires. On recense de nombreux cancers et autres maladies graves dues à ces produits, cela concerne aussi les produits utilisés pour la conservation des denrées. De plus, les entreprises agroalimentaires sont très peu respectueuses de la santé et du travail des agriculteurs. Il est d’ailleurs ardu pour les agriculteurs et professionnels de l’agroalimentaire de faire reconnaître ces conséquences sur leur santé comme maladie professionnelle. Les conditions de travail déplorables des agriculteurs ne s’arrêtent pas là. Travail le week-end, de nuit, peu de vacances. En 2019, la moyenne d’heures de travail déclarée est de 55h hebdomadaire contre 37h de moyenne pour l’ensemble des emplois. Cela se traduit par une différence de 65% d’écart de durée de travail annuelle entre les agriculteurs et l’ensemble des personnes en emploi. Le retour aux quotas de production permettrait une certaine régularité des prix ainsi qu’une augmentation du prix d’achat et ainsi assurer un minimum de revenu pour nos agriculteurs. Nous n’avons pas besoin d’une agriculture industrielle qui surproduit, nous devons respecter nos agriculteurs, leur travail, leur santé et la nôtre. Nous devons assurer des prix en adéquation avec le coût de production réel et traiter directement avec les agriculteurs et non pas avec les intermédiaires. Des grandes surfaces gérées par l’État pourraient être une option de choix. Un prix de rachat des produits agricoles qui soit honnête, des marges faibles voire une revente à prix coûtant. L’objectif n’étant pas de faire des profits mais permettre à la fois aux consommateurs d’avoir accès à des produits de qualité et dans le même temps d’assurer une correcte rémunération des agriculteurs.

Le protectionnisme intelligent

Pour permettre à nos agriculteurs de se relever économiquement, un protectionnisme intelligent doit être mis en place. Tant que nous ne sommes pas sortis de l’Union Européenne qui nous fait parvenir en masse des produits pas chers, de piètre qualité et venant des quatre coins du monde, nous pouvons mettre en place une hausse de la TVA sur l’origine des produits. Ainsi, les produits ne correspondant pas à nos exigences de qualité seraient pénalisés. Nous devons aussi exiger la mention du pays d’origine de chaque produit. Les grandes surfaces doivent mettre en valeur les produits français. Une fois que nous serons sortis de l’Union Européenne, nous pourrons mettre en place des accords bilatéraux avec certains pays répondant à nos exigences de qualité afin d’adapter la hausse de TVA de leurs produits.

La PAC

La Politique Agricole Commune, censée nous permettre de doper notre agriculture et d’accélérer la transition vers une agriculture propre, durable, respectueuse de l’environnement et des consommateurs, ne fait qu’enfoncer nos agriculteurs. Le système d’attribution des aides choisi lors de la période 2014-2020 n’a fait que privilégier les grandes exploitations au détriment des petites, indépendamment de ce qui est cultivé. Non seulement la PAC ne remplit pas son rôle, mais en plus elle nous a coûté 27 milliards d’euros sur ladite période. En effet, nous avons contribué à son budget à hauteur d’environ 90 milliards. Dans le même temps, 63 milliards ont été perçus au titre de la Politique Agricole Commune. Dans le même temps, le budget total du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a été de 34 milliards d’euros. Nous avons donc dépensé 27 milliards d’euros en 7 ans, soit plus des deux tiers du budget de notre ministère, quand, dans le même temps, de nombreux chiffres déplorants nous montrent à quel point nos paysans souffrent. Près de 20% d’entre eux n’ont pas pu se verser de salaire en 2017. D’après la Mutualité Sociale Agricole, 605 agriculteurs, exploitants et salariés agricoles s’étaient suicidés en 2015, plus de 2 par jour. Ces conditions sont inadmissibles. Nous n’avons pas besoin d’une instance supranationale pour nous dire quoi faire tout en nous pillant allègrement. Nous avons besoin de notre argent afin d’améliorer les conditions de vie de nos agriculteurs et la qualité de nos produits.

La recherche

Nous devons miser sur la recherche afin d’augmenter nos rendements pour satisfaire notre souveraineté alimentaire tout en ayant une agriculture plus propre. Nous devons axer nos recherches sur les méthodes d’agriculture, les espèces et les OGM principalement. Notre agriculture se doit d’être plus respectueuse de nos sols qui sont complètement contaminés aujourd’hui. Les agriculteurs doivent être en première ligne pour une action nationale afin de retrouver des sols et nappes phréatiques en bonne santé. Les recherches sur les OGM doivent avoir lieu dans un environnement sécurisé. Cela peut devenir un enjeu majeur dans les prochaines années et nous ne pouvons rater le coche de cette innovation.

Le bien-être animal

Cette problématique qui inquiète de plus en plus les consommateurs est en effet importante. La fin de l’agriculture industrielle et notre transition vers une agriculture plus durable s’accompagnent forcément d’une augmentation du bien-être animal. Des animaux stressés et maltraités produisent des produits d’une qualité plus que discutable. Nous devons néanmoins ajouter des mesures afin d’être plus efficaces sur ce plan. Un minimum d’espace disponible par animal pourrait être étudié. L’étourdissement avant l’abattage afin de respecter l’animal et lui éviter des souffrances inutiles doit être absolument obligatoire. La réduction des cadences d’abattage, la diminution des temps de trajets pour le bétail et le renforcement des contrôles doivent devenir la norme demain.

L’eau

L’eau est une ressource abondante en France mais encore trop gaspillée. D’après l’association 60 millions de consommateurs, plus d’un milliard de mètres cubes sont perdus dans des fuites. Ce gaspillage représente un surcoût pour la collectivité et un gaspillage d’énergie. L’installation de dispositifs de récolte et de valorisation d’eau de pluie est aujourd’hui administrativement trop compliquée et doit être simplifiée pour permettre aux citoyens qui le peuvent de devenir plus facilement indépendant du réseau de distribution public. Une enquête de l’association UFC-Que Choisir a montré que plus d’un million de consommateurs boivent une eau contaminée. 450 000 boivent une eau dépassant les normes maximales en pesticides et 148 000 en nitrates. L’agriculture est ainsi la première source de pollution de l’eau. Nous devons ainsi travailler sur ce point afin de préserver la santé des français.